En Guinée : la Politique Budgétaire et la Politique Monétaire (Par Dr Mamadou Aliou Bah)
Ces deux (2) instruments sont utilisés par l’Etat Guinéen c’est-à-dire le pouvoir public dans le domaine de politiques économiques du pays. Ces deux outils qui sont la politique budgétaire et la politique monétaire ; nous amène à nous poser un certain nombre de question dans le contexte Guinéen. Qui agit et comment ?
Il s’agit bien des finances publiques qui consistent à observer les flux d’argent public par la Politique budgétaire, c’est l’Etat et par la Politique monétaire, c’est la Banque Centrale.
I)-POLITIQUE BUDGETAIRE
A priori, c’est la gestion de l’argent public ne poursuit pas d’objectif qui lui soit propre. Elle vise simplement à accompagner l’action des pouvoirs publics, en leur donnant les moyens financiers de réaliser les projets politiques qu’ils se fixent. En un mot, cette gestion vise à garantir le financement des missions d’intérêt général. Il s’agit des Dépenses publiques et des Recettes fiscales (Impôts et Taxes). Elle s’explique sur deux principes : la politique d’expansionniste et la politique restrictive.
1)-POLITIQUE EXPANSIONNISTE
Au moment où le Ministre du Budget présentait le projet de budget au CNT - pour examen et adoption. Nous assistons depuis les années deux milles-vingt à une augmentation des inégalités sociales en Guinée. C'est ainsi qu'en Guinée, par exemple, pendant les années 2020 à 2024, le 1% des plus riches contrôlaient le 10% du revenu national.
En 2021 cette minorité contrôlait 25% du revenu national et possédait 40% des richesses. Rappelons qu'à Conakry (capitale de la Guinée) le 1% des plus riches possède 48% des richesses, tandis que le 50% des plus pauvres ne possède que 2% des richesses.
En effet, les inégalités sociales ne pourront diminuer à défaut de se résoudre que lorsque le système fonctionnera normalement c’est-à-dire lorsque toutes les balances des paiements seront en équilibre et la redistribution recettes fiscales équitables. Autrement, « le nivèlement social est la finalité éthique du politique ». Cela dit, l'asymétrie de l'ordre monétaire international que nous connaissons, ne peut qu'aggraver ce phénomène.
La balance commerciale est très importante. Il faut rappeler qu'en comptes courantes la Guinée n’avait pas un excédent depuis 2020, tandis que cette année, la Guinée repart avec un déficit de « 3,6 milliards de dollars ». « Pour ce qui est des recettes intérieures en pourcentage du PIB (produit intérieur brut), elles sont de 16,69% ajoute-il. Et de poursuivre que les dépenses courantes sont de 15,88% et celles en capital toujours en pourcentage du PIB de 6,73%. Et selon les spécialistes, le total des recettes prévues cette année est de 5.533.70 milliards, contre 4 15487 milliards en 2023 ». Pour boucler le projet de loi des finances devant les députés de l’hémicycle : « chiffrées à 8 041,10 en 2023, les dépenses du budget, selon le projet de loi de finances 2024, s’élèvent à 7 496,63 milliards de francs guinéens, dont 1 005, 75 milliards sur financement extérieur. Soit une différence de 6,77 pourcent ».
En conclusion, c’est effarant qu’on assiste à un budget n’en tenant pas compte de l’inégalité social. Si la branche est trop courbée dans un sens, dit le proverbe, il faut, pour la redresser, la courbe tout autant dans le sens contraire. Il faut comprendre dans le bon sens que la société fonctionne comme un organisme naturel. L'état pourrait supprimer l'impôt sur le revenu (progressif) et faire de même avec le quatuor infernal taxe professionnelle unique, Contribution foncière, droits d’enregistrement, droits de timbre, qui joue un rôle majeur dans les finances locales, et qui sont régressives (les pauvres travailleurs Guinéens paient un pourcentage plus élevé que les riches), et supprimer ses 85 milliards de transferts. Pour ce faire, il conviendrait d'imposer une concurrence fiscale entre communes, avec très vite une différentiation qui se ferait jour entre communes bien gérées, et/ou libérales, dont le taux d'imposition serait faible, et les communes aux équipes plus dépensières.
2)-POLITIQUE RESTRICTIVE
Le Problème de l’équilibre budgétaire en Guinée ; conçu par la direction du Budget sur la base des données budgétaires de la loi de finances pour 2024, « Le budget de l’État voté pour 2024 » précise le montant des recettes perçues, l’équilibre budgétaire, les crédits de paiement ouverts par mission, le solde budgétaire, les plafonds des autorisations d’emplois par ministère et l’analyse par nature des charges budgétaires de l’État. Les recettes nettes du budget général de l’État s’élèvent à « 311 917 mille-milliards de GNF », les charges nettes à « 453 241 mille- milliards GNF ». Le solde du budget de l’État (budget général, budgets annexes et comptes spéciaux) est de « -146 891 mille-milliards GNF ». Les Guinéens en général ne sont pas attachés à l’équilibre budgétaire c’est-à-dire l’équilibre entre recettes et dépenses. Cette position se justifie par des raisons politiques et économiques : les raisons politiques : pour que l’équilibre soit réalisé les recettes d’impôts votées par le Parlement doivent être exactement calculées pour couvrir les charges publiques. Ainsi, le Parlement, en votant l’impôt, conserve la maîtrise des dépense publiques et limite l’intervention de l’Etat ; les raisons économiques : un déséquilibre budgétaire entraîne le recours à l’emprunt, condamné par les économistes libéraux de notre pays. Dans une situation d’équilibre, l’excédent de recettes doit également être rejeté, car il constitue une stérilisation des deniers privés, qui auraient pu être utilisés pour la consommation ou l’investissement. Cette approche est remise en cause dans le cadre de l’Etat interventionniste. Pour tous les régimes, les problèmes d’aujourd’hui se posent dans les mêmes termes. Le développement exige la liquidation des forces d’inertie et de freinage internes et extérieures et la croissance équilibrée des différentes branches de l’économie. Sans un taux de production supérieur au taux d’accroissement démographique, il n’est pas de progrès. Sans une amélioration de la condition des masses et de la justice sociale. Il n’est pas de démocratie. Et l’indépendance est une conquête incessante.
En résume, le domaine budgétaire est devenu de plus en plus complexe. Les Parlementaires ont ainsi moins de prise sur le budget. Il existe bien sûr des parlementaires spécialisés sur les questions budgétaires, avec des commissions permanentes dédiées, au profit d’une véritable technocrate financière, en l’espèce des spécialistes des questions budgétaires en Guinée. Les directions du Ministre des finances, les membres de l’inspection des finances, de la Cour des comptes jouent un rôle essentiel à tous les stades de la procédure budgétaire de préparation, exécution et contrôle. Cette suprématie du gouvernement exerce un impact sur les principes budgétaires. Les mêmes principes apparus durant les différentes périodes des finances publiques classiques subsistent mais subissent de nombreuses dérogations.
II)-La Politique Monétaire
Du point de vue de l’Etat, la politique monétaire consiste à tenter d’agir sur l’activité économique grâce à la monnaie. En pratique, l’immense majorité des pays de la CEDEAO confient aujourd’hui la conduite de ces politiques à des institutions spécialisées : les Banques Centrales. Pour influencer la quantité de monnaie disponible et, finalement, assouvir l’objectif d’équilibre monétaire attaché à leur action, ces Banques Centrales disposent de plusieurs instruments. La BCRG est au cœur des missions du Franc-Guinéen. Sa tâche principale consiste à définir et à conduire, au nom de l’Etat, la politique monétaire, c’est-à-dire à réguler la quantité de monnaie en circulation dans le système économique. Il s’agit là assurément de leur responsabilité. Elle dispose le taux d’intérêt directeur afin d’influencer le niveau des taux d’intérêts offerts et la création de la monnaie ; aux acteurs économiques et finalement d’agir sur la marche de l’économie. Le carré magique de la politique monétaire ; comme on le précisera, la lutte contre l’inflation autrement dit le combat pour la stabilité de la monnaie. Pour remplir leurs objectifs de politique monétaire, la Banque Centrale cherche avant tout à réguler la quantité de monnaie en circulation dans l’économie. Pour cela, elle dispose de plusieurs instruments qui, pour l’essentiel, visent à faciliter ou, au contraire, à dissuader la création de monnaie qui la conduit à acheter et à vendre des titres obligatoires, fixation du taux des crédits à court terme accordés aux banques commerciales, réglementation des réserves de liquidités que ces dernières doivent constituer auprès de la Banque Centrale, achat ou vente de devises nationales pour en influencer le cours.
Ces différents instruments ont pour point commun de constituer se simple facteur d’influence : dans le meilleur des cas, ils agissent seulement indirectement sur la quantité de monnaie disponible et sur la valeur de la monnaie. Pour que ces instruments parviennent effectivement à atteindre leur cible, encore faut-il que les inflexions que donne la Banque Centrale à sa politique monétaire se répercutent sur l’économie réelle. Pour cela, la Banque Centrale doit parier sur canaux ou mécanismes de transmission de leurs messages. Le canal traditionnel des taux d’intérêt c’est-à-dire les taux proposés par la Banque Centrale ont vocation à influencer ceux proposés par les banques commerciales à leurs clients, les canaux faisant intervenir le prix de certains actifs tel que le canal des taux de change.
En conclusion, la politique budgétaire (l’Etat ou Collectivité Publique) et la politique monétaire (la Banque Centrale) n’utilisent pas les mêmes outils pour agir sur l’économie. On peut expliquer simplement la différence entre politique budgétaire et politique monétaire, leurs objectifs et leurs effets sur l’activité et inflation. La gestion des recettes et des dépenses publiques obéit à un ensemble de règles de droit spécifiques. On le comprend à travers ces exemples que la Banque Centrale joue le rôle de banquier de l’Etat. Sa fonction est de conserver les réserves d’or, d’émettre en contrepartie des pièces et des billets, d’en profiter pour combler les dettes de l’Etat, en lui accordant des avances de liquidités pour l’aider à faire face à ses dépenses.
Dr MAMADOU ALIOU BAH, Inspecteur Principal des Impôts



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