Projet de referendum : l’A.F.C appelle à la non violation des lois (interview)

Notre rédaction a rencontré cette semaine le secrétaire général du parti de l’Alliance des Forces pour le Changement, Mamoudou Cifo Kêtouré. Avec lui, nous avons parlé de l’actualité socio-politique, notamment la grève des enseignants, la rentrée parlementaire, la révision du fichier électoral et la création d’un front national pour la défense de la constitution. Le tout s’est résumé sur un fond de proposition de solution pour une sortie effective de crise. On vous propose de lire ci-dessous l’intégralité de l’entretien. Bonjour M. Kêtouré ! Bonjour ! Dites-nous, comment se porte la scène politique guinéenne ? La scène politique guinéenne se porte un tout petit peu mal, vue les erreurs que les uns et les autres sont en train de commettre. Surtout les gens du RPG, quand on entend par exemple le chef de l’Etat appeler à l’affrontement. Ce sont des fautes qui peuvent remettre en cause l’équilibre de la nation. Parlant de la grève des enseignants, quel sentiment vous anime ? C’est un sentiment de désolation d’apprendre que ce gouvernement ne puisse rien proposer que la théorie de la crise. Depuis deux ans, l’état guinéen n’a pas pu trouver des solutions à la crise qui mène un secteur aussi crucial que celui de l’éducation. En tant que politique, la notion la plus élémentaire de cette crise est la négociation. L’homme politique pourrait être faible dans n’importe quel domaine sauf en négociation. Mais l’orgueil qui a caractérisé les dirigeants depuis les premières heures de cette revendication que nous jugeons légitime. Pour développer un pays, il n’y a pas de miracle à proposer. Le développement d’un pays est proportionnel au niveau d’éducation de ses fils, autant un peuple est formé, autant il est développé. S’ils avaient cela en tête, ils n’auraient pas attendu à chaque fois que les enfants perdent un jour de cours, une semaine de cours ou encore des mois, pour revenir à la table de négociation ou pour amener encore les enseignants en classe. Car les enseignants reviennent, mais le temps ne revient pas. Quand je prends le programme de l’UNESCO, chaque pays doit enseigner au moins 25 semaines, soit six mois une semaine sans perturbation. Alors nous, nous avons connu des mois de grève. Les deux premières semaines du mois de janvier, c’était la même chose. Et au mois d’avril jusque-là on n’arrive pas à trouver des solutions à cette grève qui a commencé il y de cela deux ans. C’est une faiblesse, une bassesse de l’autorité qui méprise l’avenir de toute une nation. Quel commentaire faites-vous de la création d’un Front National pour la Défense de la Constitution ? La naissance du front est liée à une situation donnée. Quand nous prenons aujourd’hui la constitution guinéenne qui a permis d’avoir alpha Condé comme président de la république de Guinée, depuis 2010 réélu en 2015 , cette constitution est valable. Donc personne n’a le droit de remettre en cause cette constitution à cause des intangibilités. Nous savons que l’article 27 de la constitution guinéenne est claire « en aucun cas nul ne peut faire plus de deux mandats consécutifs ou non ». Le RPG est un parti qui en principe devrait montrer ici sa notion de démocratie. Mais je crois qu’aujourd’hui les gens sont en train de montrer leur limite. Quand on a rien à proposer au peuple, on propose un gouvernement à vie ou un président à vie, comme si la Guinée n’a plus de cadres, ni d’acteurs politiques. C’est aussi dire que comme si le RPG même n’est plus digne de la confiance des Guinéens. Alors en ce qui concerne la création du front national, lors que le président de la république appelle à l’affrontement en tant que père de la nation cela doit inquiéter plus d’un. Tous les hommes épris de paix et de justice doivent se lever pour être du côté du peuple. Donc si ces leaders politiques viennent se rencontrer au sein de ce front, moi je dirai que c’est salutaire dans la mesure où le combat appartient au peuple. Et ce combat que le peuple doit mener, il le mènera avec chacun de nous, parce que nous serons du côté du peuple. Les mêmes leaders avaient formé en 2010 une coalition avec Alpha Condé. Aujourd’hui, ce sont les mêmes qui créent le FNDC. Pensez-vous que le projet va bel et bien aboutir ? Vous savez, les mêmes causes produisent les mêmes effets. En politique, nous avons nos querelles intestines, mais cela ne veut pas dire que lorsqu’il s’agit de l’avenir de la nation qu’on n’arrive pas à surmonter ces petits problèmes afin de mettre en face le souci majeur du peuple qui est la conservation des acquis de la république, notamment la constitution. Nous devons oublier notre petit problème pour mettre l’intérêt du peuple en avant. S’il y a la violation de la constitution, nous nous levons en tant que politiques. C’est un devoir pour nous de travailler et de contribuer à l’apaisement de cette nation. Nous ne devons pas attendre que ce pays brûle pour dire c’est ce qu’il fallait faire. Donc si nous nous retrouvons ensemble pour que naisse ce front, je crois que c’est pour le bonheur de la nation. C’est pour permettre que la Guinée vive dans la paix et la quiétude sociale. Nos querelles intestines, à savoir le libéral ou le social, ou encore l’opposition républicaine, ça c’est un autre débat. Mais lorsque la nation est menacée, nous allons oublier nos petits problèmes pour choisir la Guinée. Quelle est la position de l’AFC par rapport un 3ème mandat. Et quelle lecture faites-vous de la reprise de l’hémicycle par les députés ? L’Alliance des Forces pour le Changement (AFC) conduite par M. Sanoussy Kaba est un parti qui soutient l’alternance. Nous sommes un parti démocratique, donc nous n’avons pas assez de commentaire à faire, nous sommes pour l’alternance. Ça c’est notre position connue par tous les membres du parti, jusqu’à la base. C’est vrai que nous n’avons pas souhaité que les députés reprennent le chemin de l’assemblée, car en le faisant on n’aurait pas demandé l’autorisation au peuple dont ils ont été mandataires. Nous avons appelé les uns et les autres à se ressaisir, à bouder l’hémicycle avant la rentrée parlementaire pour qu’ensemble qu’on se réunisse pour mener le combat de la démocratie afin que se tienne dans un bref délai les élections législatives transparentes et crédibles. Mais fort malheureusement, les petits conflits d’intérêt animant certains acteurs de la vie politique les ont fait croire qu’en boudant l’assemblée, c’est donner aussi libre voie au Professeur Alpha Condé d’aller vers la révision constitutionnelle. Bien que nous ne partageons pas leur point de vue, mais nous leur reconnaissons ce droit d’exister et de suivre leur ligne politique. Mais quant à l’AFC, nous n’avons pas souhaité leur présence à l’Assemblée. On avait voulu qu’on se retrouve ensemble et qu’on mène un combat de la démocratie, c’est-à-dire faire en sorte que les élections puissent se tenir dans un bref délai. Quelle analyse faites-vous du fichier électoral ? Le fichier électoral est à reprendre. Vous savez, la CENI est l’une des institutions qui doivent en principe garantir l’unité et la stabilité de ce pays. Parce qu’en rendant les élections crédibles et transparentes, les résultats seront acceptés de part et d’autre. Mais si tel n’est pas le cas, c’est que la CENI contribuerait à mettre ce pays en retard. Il est à constater aujourd’hui avec regret qu’au-delà de ces maires et de ces conseillers élus qui ont pris fonction, nous avons quelques quatre mille conseillers à mettre en place. Mais que les gens ont tendance même à mettre aux oubliettes ce qui est rentable. Donc le processus n’est pas encore terminé avec les élections locales. Quant au fichier, il est à reprendre parce que nous voulons qu’il soit propre et débarrassé de toutes les impuretés afin de permettre au peuple de choisir la personne qu’il veut. Votre parti a accompagné Alpha Condé en 2010. Aujourd’hui, vue la situation, est-ce que n’êtes-vous pas responsable? En 2010, l’AFC comme la plus part des partis politiques, avait analysé que vue la situation du pays, il fallait un changement. Et n’oubliez pas que c’est l’Alliance des Forces pour le Changement qui partageait dans sa vision la notion du changement avec le RPG. Alors nous avons participé à la gestion de ce pays. Nous avons apporté notre contribution à l’équilibre de la nation. Je rappelle que Monsieur Sanoussy Kaba était l’un des tout premiers à convoquer les Etats généraux de l’éducation. Alors, nous nous sommes dit que si le pays était encore en retard comparativement aux autres pays de la sous-région, il fallait demander un changement, puisque le peuple lui-même en avait besoin. Donc c’est la raison pour laquelle nous nous sommes mis du côté du RPG pour permettre à la Guinée d’avoir pour la première fois un président démocratiquement élu qui, nous estimions à l’époque, allait permettre aux Guinéens d’avoir le bonheur collectif, favoriser la paix et traiter les Guinéens au même pied d’égalité. Mais fort malheureusement, certaines choses qui nous sont d’ailleurs très chères, notamment la paix sociale qui est remise en cause par les discours même du premier magistrat de la nation. Ensuite, le bouleversement en répétition du secteur éducatif et la précarité de la vie nous amènent à nous distancier de cette gouvernance. Car elle n’a rien aujourd’hui à proposer à ce pays que de la désolation et l’amertume. En 2020, nous espérons que ce peuple va choisir des gens qui ne sont pas des étrangers. Il va choisir des gens qui créent de l’emploi. Quand je prends Monsieur Sanoussy Kaba, c’est un créateur d’emploi. Il est le fondateur des écoles institut supérieur la Source. Quelqu’un qui s’engage dans l’éducation, c’est quelqu’un qui fait la promotion du développement. C’est quelqu’un qui a déjà créé de l’emploi. Une fois au pouvoir ce sont les notions qui ne vont pas lui échapper. Mais, quelqu’un qui n’a pas créé d’emploi, qui n’a pas eu d’entreprise dans ce pays, que le pays brûle ou pas, cela ne le regarderait pas. Donc j’attire l’attention du peuple sur ce facteur de choisir cette fois-ci un leader comme Sanoussy Kaba ayant investi dans ce pays et contribué à la création de l’emploi. Que retenez-vous du bilan d’Alpha Condé ? Lorsque nous comparons un peu la Guinée aux autres pays de la sous régions, nous estimons que notre pays est en retard. Au Mali par exemple, il y a eu des avancées, avec la construction de 3000 logements sociaux. Le Mali est le premier producteur de coton. En Côte d’Ivoire, il y a eu 20.000 logements sociaux et 5 échangeurs qu'on ne peut pas comparer à ceux de la Guinée. En Guinée, il y a seulement des déguerpis ou des délogés en Guinée, à Kaporo-rails et à Kipé. Sur le plan agricole aussi. Ce gouvernement ne peut pas créer de l’emploi. Tout ce qu’ils savent faire pour les jeunes, c’est de les inciter à la propagande, parce qu’ils se nourrissent de ça. Tout ce qu’ils ont pu faire, c’est de dépenser autant de fonds que nécessaire. Quand je prends le secteur de l’énergie, environ deux milliards et quelques de dollars pour un résultat lamentable. Et jusqu’à présent, même la capitale Conakry n’a pas d’électricité à cent pour cent. Alors qu’en est-il des villages ? Le secteur de l’hydraulique, vous allez vous promener à Kaloum, vous verrez que tous les quartiers n’ont pas d’eau. Si vous prenez Coronthie par exemple, jusqu’à minuit vous voyez des gens qui partent chercher de l’eau. Un quartier en plein c½ur de la capitale où siège le président de la république lui-même. Ça veut dire que les populations sont senties trahies. Aussi, la question de l’insalubrité avec à peu près 12 mille tonnes de déchets par jours, Conakry doit avoir une véritable industrie de transformation d’ordures. Jusqu’à présent ces tas d’immondices jonchent partout, qui est un regret total. Le secteur de la sécurité, des agressions récurrentes, le banditisme. Quand nous prenons la justice, pour montrer sa force, c’est lorsqu’il s’agit de faire le procès d’un journaliste, d’un syndicaliste ou d’un homme politique. Ce sont les secteurs où nous sentons la vie réelle de la justice. Sinon dans ce secteur encore, on devrait nous permettre de connaitre la paix. Les hommes politiques même s’affrontent à partir des élections, la justice se devrait de trancher en faveur du droit. Quand je prends les élections locales, avec l’élection du maire de Kindia, de Matoto et tant d’autre, ont été un regret. La justice n’a pas pu bouger. Donc ce sont des choses qui doivent changer dans ce pays. Quand vous prenez le panier de la ménagère, il se détériore du jour au lendemain. Le sac de riz aujourd’hui s’échange contre trois cent mille francs, ce qui est extrêmement regrettable. Et pendant que le président de la République dit que depuis qu’il est venu au pouvoir le prix du sac de riz n’a pas dépassé deux cent mille francs, ça veut dire que lui-même il est désinformé. Il faudrait qu’il prenne contact avec des véritables acteurs de la vie politique qui pourront l’aider à solutionner les problèmes de ce pays. D’autre part, il y a eu quelques avancées, notamment la construction des hôtels. L’AFC est un parti progressiste. C’est un parti qui sait dépasser les clivages. C’est un parti également qui reconnait le mérite. En termes d’infrastructures hôtelière, la venue du professeur Alpha Condé nous a permis d’avoir des hôtels. Mais quant au droit de l’homme, c’est un recule sérieux dans ce sens. Lorsque nous avons cent cinq guinéens qui perdent leur vie, pourtant l’article 10 de la constitution reconnait le droit de manifester au citoyen guinéen. L’article 05 également dit que la dignité humaine est sacrée en République de Guinée. Mais dans notre vie quotidienne, nous sentons que la justice ferme les yeux, et que l’Etat gouverne à vue. Trop d’amateurisme dans la gestion des affaires publiques. Votre message à l’endroit de vos militants ? Chers compatriotes, nous vous appelons à être plus sereins qu’au paravent, en restant soudés à notre vision commune qui est celle de permettre à la Guinée d’avoir un changement véritable. Sur le chemin de l’alternance, nous vous invitons à redoubler d’ardeur en militants derrière l’Alliance des Forces pour le Changement pour qu’en 2020 nous ayons Monsieur Sanoussy Kaba à Sékhoutouréyah. Merci Monsieur ! Je vous remercie ! Propos recueillis et réalisés par Younoussa Sylla, pour africanewsmag.com

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