Libye: prudence de l'ONU et du Conseil de sécurité face à la crise politique

Les principales puissances au Conseil de sécurité de l'ONU comme l'Organisation ont affiché mercredi lors d'une réunion une grande prudence à l'égard de la crise politique qui secoue la Libye, sans prendre parti - sauf la Russie - pour l'un des deux exécutifs concurrents dans ce pays.
"L'exécutif libyen est confronté à une crise qui pourrait, si elle n'est pas résolue, conduire à l'instabilité et à des gouvernements parallèles dans le pays", a averti en ouverture de la session la secrétaire générale adjointe de l'ONU pour les Affaires politiques, Rosemary DiCarlo.
"L'ONU déploie des efforts considérables pour résoudre cette crise" afin de "convenir d'une base constitutionnelle pour la tenue d'élections dès que possible", a-t-elle précisé en louant le travail de la conseillère spéciale du chef de l'ONU, l'Américaine Stephanie Williams.
A défaut, le risque est une nouvelle division des institutions "et d'annuler les acquis des deux dernières années", a averti Rosemary DiCarlo.
La France a aussi appelé "à préserver les acquis", les Etats-Unis rappelant que les Libyens voulaient avant tout des élections et l'Albanie résumant la position occidentale en parlant de "prudence", "patience" et "retenue".
Du côté de l'Afrique, pas de choix non plus entre les deux exécutifs.
"Nous avons exprimé notre grande inquiétude face à l'impasse politique et à la possibilité de revenir sur les gains réalisés jusqu'à présent", a déclaré après la réunion l'ambassadeur du Gabon, Michel Xavier Biang, qui s'est exprimé aussi au nom du Ghana et du Kenya, tous membres non permanents du Conseil de sécurité.
Au nom de la Russie, l'ambassadeur russe adjoint à l'ONU, Dmitry Polyanskiy, a au contraire affirmé le soutien de son pays au nouvel exécutif choisi par le Parlement siégeant à l'Est du pays et réfuté par Tripoli. "C'est un pas important vers le règlement de la crise qui n'a que trop duré", a-t-il dit.
- Emissaire africain? -
Alors que le Conseil de sécurité doit prolonger fin avril la mission politique de l'ONU en Libye, une échéance qui coïncide avec une fin de contrat renouvelable pour Stephanie Williams, le diplomate russe a vivement insisté pour une nomination "la plus rapide possible" d'un nouvel émissaire de l'ONU.
Les Nations unies n'en ont plus depuis la démission en novembre du Slovaque Jan Kubis.
L'Union africaine va proposer dans la journée de mercredi au secrétaire général de l'ONU Antonio Guterres qu'un Africain soit nommé émissaire, a appris l'AFP de source diplomatique.
Cette position est soutenue au Conseil de sécurité par la Russie et la Chine, selon la même source s'exprimant sous couvert d'anonymat. Plusieurs noms de personnalités devraient ainsi être proposés au chef de l'ONU afin qu'il arrête son choix et le soumette au Conseil de sécurité.
La revendication d'avoir un Africain comme émissaire de l'ONU en Libye est ancienne. En 2020, l'Afrique avait ainsi proposé coup sur coup un Algérien et une Ghanéenne, mais ces propositions avaient été rejetées par les Etats-Unis.
Déjà minée par les divisions entre institutions concurrentes dans l'Est et l'Ouest, la Libye compte depuis début mars deux gouvernements rivaux, comme entre 2014 et 2021, alors en pleine guerre civile après le renversement du régime de Kadhafi.
Un gouvernement formé par l'ancien ministre de l'Intérieur Fathi Bachagha, approuvé par le Parlement siégeant dans l'Est, est en concurrence avec le cabinet en place dans la capitale Tripoli, issu des accords politiques parrainés par l'ONU et dirigé par Abdelhamid Dbeibah qui refuse de céder le pouvoir.
Afp

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