Paris convoque l'ambassadeur américain après ses propos sur la mort de Quentin Deranque
Le ministre des Affaires étrangères Jean-Noël Barrot a annoncé dimanche que l'ambassadeur américain en France Charles Kushner allait être convoqué pour répondre des propos tenus après la mort du jeune militant identitaire Quentin Deranque à Lyon.
L'ambassadeur américain Charles Kushner en poste à Paris va être convoqué au ministère français des Affaires étrangères pour répondre des propos tenus par l'administration Trump sur la mort à Lyon de l'étudiant d'extrême droite radicale Quentin Deranque, a annoncé dimanche 22 février le chef de la diplomatie.
"Nous allons convoquer l'ambassadeur des États-Unis en France, puisque l'ambassade des États-Unis en France a fait un commentaire sur ce drame (...) qui concerne la communauté nationale", a déclaré Jean-Noël Barrot, invité sur France Info/France Inter/Le Monde.
"Nous refusons toute instrumentalisation de ce drame (...) à des fins politiques", a-t-il ajouté, estimant que la France n'avait "aucune leçon, s'agissant de la violence en particulier, à recevoir de l'internationale réactionnaire".
L'entourage du ministre, interrogé par l'AFP, n'était pas immédiatement en mesure de préciser la date de la convocation.
Quentin Deranque, militant d'extrême droite radicale de 23 ans, a été battu à mort à Lyon par des membres de l'ultragauche.
Une deuxième convocation
L'administration Trump a dénoncé vendredi la violence politique d'extrême gauche dans une première réaction officielle après la mort en France de ce militant d'extrême droite radicale, appelant à traduire les responsables en justice.
La Première ministre italienne Giorgia Meloni a également commenté la mort en France de Quentin Deranque, provoquant une passe d'armes avec le président français Emmanuel Macron, qui l'a priée d'arrêter de "commenter ce qui se passe chez les autres".
L'ambassadeur américain en France, qui a pris ses fonctions l'été dernier, avait déjà été convoqué fin août au ministère des Affaires étrangères après des critiques jugées inacceptables par Paris sur "l'absence d'action suffisante" contre l'antisémitisme par le gouvernement d'Emmanuel Macron.
"En l'absence de l'ambassadeur" Charles Kushner, c'est le chargé d'affaires de l'ambassade américaine qui s'était rendu à cette convocation.
Lever les "sanctions injustement imposées"
Emmanuel Macron a par ailleurs récemment écrit à Donald Trump pour plaider la levée des "sanctions injustement imposées" à l'encontre de plusieurs citoyens européens, dont l'ancien commissaire européen Thierry Breton et le juge Nicolas Guillou, révèle La Tribune Dimanche en citant la lettre dont l'AFP a pu consulter des extraits.
"Je souhaite appeler personnellement votre attention sur les sanctions imposées par les États-Unis à l'encontre de plusieurs citoyens européens, dont deux Français, Nicolas Guillou, juge à la Cour pénale internationale, et Thierry Breton, ancien commissaire européen", a écrit le président français à son homologue américain.
"Je vous demande de reconsidérer ces décisions de votre administration et de lever les sanctions injustement imposées à Nicolas Guillou et Thierry Breton", ajoute-t-il.
Thierry Breton, accusé de "censure" au détriment des intérêts américains par le département d'État, est interdit depuis décembre 2025 de séjour aux États-Unis. Cet artisan de la directive européenne sur les services numériques s'est montré en pointe pour réguler les plateformes de la tech, les États-Unis y voyant une atteinte à la liberté d'expression.
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio s'était aussi insurgé contre des "actes flagrants de censure extraterritoriale".
"Les sanctions adoptées contre Thierry Breton portent atteinte à l'autonomie réglementaire européenne et se fondent, de surcroît, sur des analyses erronées : la réglementation numérique européenne n'a, en effet, aucune portée extraterritoriale et s'applique sans discrimination, sur le territoire européen, à toutes les entreprises concernées", réplique Emmanuel Macron dans sa lettre à Donald Trump.
Une "atteinte au principe d’indépendance de la justice"
Quant au juge Nicolas Guillou, il a été sanctionné par Washington en août 2025, avec d'autres magistrats de la CPI, en raison de son implication dans le dossier du mandat d'arrêt visant le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Également interdit de territoire, sa carte Visa – un service américain – lui a été également retirée par sa banque en France. Et il ne peut désormais plus utiliser une kyrielle de services numériques américains, comme Airbnb ou Amazon.
"Les sanctions adoptées contre Nicolas Guillou portent atteinte au principe d’indépendance de la justice et au mandat de la CPI", proteste Emmanuel Macron.
"Je suis breton et je peux tenir très longtemps" sans carte Visa ni services numériques américains, a assuré mardi Nicolas Guillou, venu à Bruxelles réclamer un réveil de l'UE sur la souveraineté bancaire et numérique. "Mais je ne vais pas tenir s'il ne se passe rien", a-t-il encore averti, avant une rencontre avec des responsables de la Commission européenne.
Avec AFP



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