Analyse: Guinée : Les premiers pas de la transition

Analyse: Guinée : Les premiers pas de la transition J’espère que ce nouveau pouvoir sur lequel toute la Guinée et le monde entier comptent n’essaiera pas d’abuser le peuple. Pour le moment, assurons aux dirigeants issus de l’après- Ouaga notre soutien en mettant l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de tout. Quelques explications seraient les bienvenues La majorité des Guinéens ont salué la geste du Général Sékouba Konaté car ce qu’il a arraché le 15 janvier 2010 à Ouaga n’est rien d’autre qu’une geste. C’est un acte de bravoure et une preuve de clairvoyance et de pugnacité d’un homme qui a abouti à la récapitulation pacifique de Moussa Dadis Camara. Désormais, et plus que jamais, notre pays, la République de Guinée tend vers l’instauration d’une démocratie qui passe par le suffrage universel. Néanmoins, les observateurs et analystes politiques pourraient relever quelques éléments plus ou moins incongrus qui ont marqué ce début de la transition. S’ils ne sèment pas le doute, ils ne sont pas tout à fait très rassurants. Du moins, ils n’offrent pas assez de lisibilité à certains aspects des premiers pas de la transition. De la désignation du premier Ministre. Les accords de Ouaga stipulaient qu’il y aurait un Premier Ministre et deux Vices- Premiers Ministres pour mener la transition. Les discussions, pour ne pas dire le combat au sein des Forces Vives, ont apparemment fini par sacrifier le pouvoir tricéphale à la primature. Ce qui, en soi, n’est pas condamnable car une décision à trois se réduit toujours à deux. Par conséquent, ce cas de figure est plus problématique que consensuel. Il y aura toujours dans une décision à trois une personne qui se retrouvera en position minoritaire et qui, à force, se sentira exclue par les deux autres. La question se pose cependant sur la raison de la suppression de la vice- présidence où elle était envisagée et son transfert au Conseil National de la Transition (CNT) où elle ne l’était pas. L’opposition réelle ou supposée entre M. Jean- Marie Doré l’actuel Premier Ministre et la Dame de Fer, Hadja Rabiatou Sérah Diallo de la Confédération Nationale des Travailleurs de Guinée (CNTG) justifierait- elle ce nouveau cas de figure ? L’opinion publique guinéenne n’en sait rien et les Forces Vives sont restées jusqu’à présent muettes là- dessus. Pourquoi ? De la passation de service entre MM. Kabinet Komara Premier Ministre sortant et Jean marie Doré entrant Cette passation de service pose deux questions majeures face à l’urgence du changement. Tout d’abord, un Premier Ministre part de son poste et ses ministres qui doivent assurer le suivi des affaires courantes restent aussi longtemps à leur poste. Ceux- là ne devraient- ils pas partir aussitôt après la passation de service ? Deuxièmement, le nouveau gouvernement ne devrait- il pas être immédiatement formé pour remplacer le gouvernement sortant ? La lenteur enregistrée actuellement dans la formation des forces Vives n’influence t- elle pas de manière négative la mise en place du futur gouvernement ? Y aurait- il à ce niveau, comme le pensent un certain nombre de Guinéens, l’impact d’une mésentente, voire d’une rupture, qui se dessinerait entre M. Jean- Marie Doré et ceux- là même qui l’ont désigné ? Des explications ne seraient pas futiles pour éclairer l’opinion publique. Le manque d’explications pousse beaucoup de nos compatriotes à, penser que le maintien du gouvernement aussi longtemps après le départ de M. Komara n’est rien d’autre que le résultat des actions de certains membres du CNDD. Ces actions qu’ils qualifient de maléfiques hantent dangereusement la transition. Il s’agirait tout simplement d’une combine manigancée par certains ténors du pouvoir de Dadis pour intégrer le nouveau système. A défaut, ils pourront disposer du temps nécessaire pour tout rafler et s’en mettre davantage dans les poches. Qu’on qu’il en soit, le nouveau premier Ministre a, malgré les obstacles qu’il a lui- même évoqués, beaucoup plus à gagner en accélérant le processus de nomination des membres de son gouvernement. Tout cela, dans le respect des compétences des uns et des autres. De la composition du Conseil National de la Transition Hadja Rabiatou Sérah Diallo est finalement nommée à la présidence de cette instance qui devrait avoir des prérogatives en matière de législation. Qui oserait s’en offusquerait ? Auparavant, plusieurs portes et non de moindres auraient été fermées à la brave dame. D’ailleurs, moi, je l’appelle « la Dame des Dames » tant elle fait figure d’homme où certains, parmi les hommes se montreraient, comme dit l’adage populaire, en femme. Mais, cette femme se retrouve non pas en face, mais au milieu de deux religieux. Cette composition du CNT, je le soulignais ci- haut, n’était pas envisagée au départ. Pourquoi ce revirement ? Pourquoi Rabiatou a deux vices- présidents avant même la composition du CNT ? Pourquoi, n’a t- elle pas eu le loisir de désigner ses vices- présidents comme le Premier Ministre le fera de son équipe ? Ne serait- il pas plus objectif que le CNT élise ses propres membres aux postes et commissions de son choix ? Une autre interrogation. On en conviendra sûrement qu’il n’est pas facile pour une femme de se retrouver face à des religieux. La situation est un vrai challenger pour Hadja Raby qui, on le sait, a affronté d’autres combats dans son parcours de militante et de femme engagée. Mais, celle- ci est différente à bien d’égards. Espérons que le combat pour la démocratie et pour le bien- être du peuple de Guinée prendra le dessus sur toute autre conception des choses. Du retard dans la nomination du Gouvernement de Transition Beaucoup de questions ont été posées à ce sujet. Je n’entrerai pas dans la polémique car je n’ai pas les tenants et les aboutissants du retard. On peut néanmoins se demander quelles sont les vraies ambitions du nouveau Premier Ministre. M. Jean Marie Doré croirait- il que le peuple lui accordera ce qu’il a refusé à Dadis ? Ce qui est impensable de sa part, car vouloir jongler avec la transition face à un peuple assoiffé de démocratie est à la fois irréaliste, utopique et surtout suicidaire. Espérons que M. Jean- Marie Doré tirera, contrairement à d’autres, les leçons de l’histoire et qu’il sortira par la grande porte après avoir réussi des élections libres, transparentes dans le temps des 6 mois qui lui sont impartis. Enfin, de nouveaux enjeux se dessinent pour la Guinée. Le Général Sékouba Konaté, Jean- Marie Doré et Hadja Rabiatou Sérah Diallo doivent, plus que jamais, avoir à l’esprit que le peuple de Guinée compte sur eux. Sans aucun doute, se souviendront- ils que ce peuple qui a su dire non et de manière catégorique, qui a osé affronter des soldats armés et enjamber des morts pour la revendication de la démocratie est à la fois un puissant allié et un potentiel adversaire. J’espère que ce nouveau pouvoir sur lequel toute la Guinée et le monde entier comptent n’essaiera pas d’abuser le peuple. Pour le moment, assurons aux dirigeants issus de l’après- Ouaga notre soutien en mettant l’intérêt supérieur de la nation au-dessus de tout. Dans l’idéal d’une Guinée démocratique, la principale tâche revient avant tout au Général Konaté qui doit être intransigeant sur la durée de la transition. Je lui suggérerais vivement de commencer par fermer sa porte aux éternels faiseurs de pouvoir et qui sont, en réalité, des vrais tombeurs de chefs. N’est- ce pas que Moussa Dadis en sait quelque chose ? Prions pour une transition sincère, courte et efficace ! Lamarana Petty Diallo E-mail: lamaranapetty@yahoo.fr

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